Culture: Lecture rotarienne dans L'Ethique de Nicomaque d'ARISTOTE

 

Le livre est publié aux éditions Garnier Flammarion en 1965 sous la traduction et les notes de Jean Voilquin. L’ouvrage originel remonte aux environs de 336 Avant JC.

 

L’homme

Aristote est né à Stagire en 384 Avant JC. A 17 ans il écoute le philosophe Isocrate et fréquente l’école de Platon.


En 342 il se rend en Macédoine où il dirige l’éducation d’Alexandre fils de Philippe. Celui qui sera Alexandre le Grand, qui dominera le monde de l’époque et qui fondera Alexandrie. Cette fonction le retient jusqu’en 335.


On imagine à travers l’ouvre de Aristote qu’il veilla à l’instruire sur les qualités de mesure de tempérance, de modération prônées dans ses différentes ouvrages. Alexandre fut l’exemple de démesure, d’orgueil et de fatuité au point qu’il s’est rangé parmi les Dieux.


Aristote mourut en 332. Il laissa une fille, Pythias, et un fils qui reçu le nom de son grand père Nicomaque.

 

L’ouvrage
L’ouvrage de 310 pages, et 267 si on exclut la préface et les notes de Voilquin, est divisé en 10 livres traitant tour à tour du Bien et du Bonheur ; de la vertu, du courage et de la tempérance ; de la justice ; des vertus intellectuelle, de l’intempérance et du plaisir ; et de l’amitié.

 

Le thème choisi : l’amitié
Le philosophe a réservé à l’amitié 2 livres sur 10, et 55 pages. Avec 20,6% en nombre de pages, l’amitié est le thème le plus important de l’ouvrage.

 

Du point de vue métaphysique, l’amitié est innée autant dans le cœur du créateur que dans celui de la créature. Aristote souligne que l’amitié ne peut être auto déclarée, parce qu’elle est le fait de deux personnes.


Elle ne peut être entre un individu et un objet parce qu’elle suppose partage réciproque. Rappelons qu’un thème du rotary a porté sur le partage. Or un objet inspire le sentiment et ne le renvoie pas.


Sur le plan social, les législateur assimilent l’amitié à la concorde, tant il cherchent à éliminer la discorde ennemi de l’amitié. Aristote pousse encore le raisonnement. « Si les citoyens pratiquaient entre eux l’amitié, Ils n’auraient nullement besoin de la justice. Mais même en les supposant justes, ils auraient encore besoins de l’amitié . »

Ce qui nous fait  dire que si la justice peut procéder de l’amitié, la paix aussi.


Tient ! On retrouve le Rotary et son principe de paix dans le monde.

L’amitié procède t-elle de la ressemblance entre les hommes ou de leur différences ?

 

Deux écoles.
L’une dit : « Ce qui se ressemble s’assemble ».
L’autre croit que le monde est régi par les contradictions. Cette dernière sera plus tard la conception de Hegel qu’il développera dans Phénoménologie de l’esprit.

 

Dans le domaine de l’amitié, Aristote s’inscrit dans la première conception qui est celle d’Empédocle.

 

Voici la règle :
«Il est impossible qu’un pervers éprouve de l’amitié envers un homme bon. »

Selon Aristote, l’amitié s’analyse à priori à travers ce qui est aimable. De ce point de vue ce qui est aimable c’est le bon, l’agréable, ou l’utile.

Conditions formelles de l’amitié.


On dit communément qu’on veut du bien d’un ami, pour lui et non pour soi. Dans ce cas, ce désir est de la bienveillance, et non de l’amitié.

La bienveillance peut devenir amitié, à 3 conditions :

  • Elle doit être déclarée, autrement dit sortir du secret
  • Elle doit être réciproque.
  • Elle doit s’accompagner de confiance.

 

Nature de l’amitié
On éprouve de l’amitié pour quelqu’un selon l’un de 3 critères :
Les personnes qui se témoignent mutuellement de l’amitié en se fondant sur l’utilité qui en procède, ne s’aiment pas en soi mais pour les avantages qu’elles peuvent tirer de cette relation.


Cette amitié est forcément sujette au changement de contexte. Tantôt, elle est, parce qu’on est dans le besoin et tantôt, elle s’estompe ou disparaît , parce qu’on se trouve comblé par ailleurs.


Il en est de même de l’agrément que de l’utilité. Lorsqu’on trouve du plaisir dans la compagnie d’une personne, c’est pour soi-même, et pas forcément pour elle. Il n’y a donc pas toujours l’échange et la réciprocité.

 

Globalement ces amitiés naissent et meurent avec leur objet (utilité ou agrément).

 

L’amitié selon Aristote est une disposition d’esprit entre deux individus qui se ressemblent en ce qu’ils se veulent mutuellement du bien, non pour en retirer un quelconque avantage ou plaisir mais en ce qu’ils sont bons tous deux.

 

L’amitié est donc une vertu.


« Nous mettons au premier rang, l’amitié des gens de bien en tant que gens de bien, les autres n’existent que par analogie avec celle-ci. » Page 213

 

L’amitié dans le temps. L’amitié et le contact.
« L’éloignement en effet, sans interrompre absolument l’amitié, en suspend les manifestations. Et l’absence, en se prolongeant, semble aussi plonger l’amitié dans l’oubli. De la le dicton :
le silence vient souvent rompre l’amitié ».

Autrement dit : Loin des yeux loin du cœur.

 

Nous voici encore de retour au Rotary !


L’autre jour, mon ami Thami insistait sur la nécessité d’appeler régulièrement les amis absents, pour s’enquérir de leur nouvelles et de ce qui les retient. C’est le fertilisant de l’amitié.

 

Il faut distinguer l’attachement de l’amitié. Le premier est un sentiment, la seconde, une disposition.

 

L’amitié et les classes sociales
L’amitié est fondée sur l’égalité. L’amitié se conçoit difficilement dans la hiérarchie, qui suppose beaucoup plutôt le dévouement.

 

De même, les personnes de rang social élevé ne peuvent considérer comme amies celles qui leurs veulent du bien. Souvent parce qu’elles désirent beaucoup plus être aimées qu’aimer elles mêmes.


Et lorsqu’elles ressentent quelques chose c’est de la compassion.

D’où le commerce florissant des flatteurs.

 

De l’autre côté, la foule prend plaisir à sentir qu’elle l’objet de considération de la part des gens revêtus de l’autorité. Pour cela, elle s’en rapproche autant qu’elle peut. Mais son comportement ne peut s’analyser en tant qu’amitié, en ce qu’elle vise en définitive une utilité : De la reconnaissance.

 

Mais ce sentiment peut procéder du désir de voir les personnes élevées, confirmer l’idées que les gens de la foule ont d’eux-mêmes.
« Ils éprouvent de la satisfaction à l’idée d’être vertueux et se fient au jugement de ceux qui le disent. » P 219


L’amitié peut paraître désirable en elle-même.

 

 

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